mardi 22 juillet 2008

CINI ASHA

Je n’ai malheureusement aucune photo de la journée de mardi (de nouveau pour cause d’appareil photo capricieux) mais je voudrais quand même vous en parler car c’était une journée très intéressante (et enrichissante).
Nous avons passé une partie de la journée à CINI ASHA, unité qui s’occupe, en milieux urbains, des « slums » (quartiers pauvres), des colonies de squatters, des prostituées et des enfants de la rue. Cette unité a notamment créé :
- Une ligne téléphonique (Child Line) permettant a quiconque de signaler des enfants abandonnés, victimes d’abus sexuels ou forcés à travailler et qui fonctionne un peu comme la ligne téléphonique de « Child Focus » en Belgique.

- Des « Half way houses » pour filles et garçons vivant dans la rue, ayant fugué par peur d’être battus, vendus ou autre, ayant été rejetés par leurs familles etc. Ils sont accueillis dans ces maisons, y sont logés, nourris et rescolarisés. Après un certain temps, CINI tente d’entrer en contact avec les familles, si familles il y a, de renouer les liens entre celles-ci et les enfants recueillis, les informe sur les droits des enfants, sur l’importance de la scolarisation etc., le but étant de réinsérer ces jeunes dans leur milieu familial, en veillant bien sur a ce qu’ils soient bien traités.

- Des refuges nocturnes ou les enfants de la rue peuvent se rendre pour la nuit, afin de ne pas avoir à dormir dehors.

- Des centres médicaux

- Des « drop-in center », un peu différents de celui ou nous avons organisé des activités,dont j’ai déjà parlé précédemment.

En plus de ces installations, CINI ASHA a également mis sur pied un programme de « Bridge courses » (« cours passerelle »). Ce programme vise à dispenser, sur une période d’un an, des cours aux enfants déscolarisés ou non scolarisés (entre 4 et 14 ans) pour les mettre a niveau afin qu’ils puissent intégrer ou réintégrer l’école normale. Une fois réinsérés dans le système scolaire classique, ils ont accès à des « coaching center » ou on les aide à faire leurs devoirs puisque les parents ne peuvent pas le faire, étant souvent eux-mêmes illettrés.

Moi et les deux volontaires italiennes sommes allées dans un des « drop-in center » des quartiers pauvres de Kolkata pour y rencontrer des jeunes filles participant au Early Childhood Stimulation program (littéralement, « programme de stimulation de la petite enfance »). Elles vont chaque semaine dans un certain nombre de foyers pour faire faire des exercices à de jeunes enfants. En effet, dans beaucoup de familles pauvres, les mères ont souvent plusieurs très jeunes enfants et n’ont pas toujours le temps de s’occuper d’eux individuellement, en plus des tâches domestiques. CINI a constaté que les enfants n’ayant pas étés stimulés comme des enfants « normaux » présentaient souvent un certain retard à leur entrée à l’école ou dans leur développement en général (certains, par exemple, ne savent toujours pas marcher a plus de 18 mois). Ces exercices (apprendre à conter, lecture d’histoires, reconnaissance des couleurs etc.) sont faits en présence des mamans pour qu’elles puissent elles-mêmes les faire faire à leurs enfants les autres jours de la semaine. Les jeunes filles expliquent aux mères l’importance de cette stimulation et de l’attention qu’il faut porter aux jeunes enfants et celles-ci sont vite convaincues par les progrès de leur progéniture. Après nous avoir expliqué leur rôle au sein de ce programme, elles nous ont demandé de nous présenter et nous ont posé toutes sortes de questions. Elles nous ont notamment demandé, j’ai trouvé ça un peu bizarre sur le coup, qui finance nos études…Du côté Européen la réponse a été, à l’unanimité, « nos parents ». Du côté Indien, la réponse a été, à l’unanimité, « nous-même ». Il y a comme un problème là, non ?
En effet, certaines des jeunes filles présentes avaient mon age et étaient les premières de leur famille (nombreuse) à faire des études supérieures. Elles travaillent pour CINI, parfois en plus d’un autre « petit boulot », en échange d’une aide financière pour leurs études et d’une sorte de tutorat pour les aider à étudier. J’ai voulu savoir comment leurs parents avaient réagi lorsqu’ils avaient appris qu’elles voulaient faire des études et s’ils les encourageaient dans cette voie. Elles m’ont expliqué qu’ils étaient inquiets au début, au sujet des finances, mais qu’ils étaient fiers d’elles. Elles ont ajouté qu’elles avaient de la chance que cela ce soit passé ainsi, ce n’est pas toujours le cas.
Elles étaient également très intéressées de savoir si dans nos pays, il y a autant de pauvreté qu’ici.
Nous sommes ensuite passés à des sujets plus joyeux, comme les acteurs connus que nous aimons bien etc. Elles nous ont demandé si nous connaissions des acteurs bollywoodiens. Nous avons répondu en choeur : SHARU KHAN !, ce qui a provoqué des cris hystériques. Apparemment ce nom leur fait autant d’effet que quand on nous dit à nous : JOHNNY DEPP !
Elles ont beaucoup rit du fait que nous ayons le même âge mais que je sois aussi grande. Précisons qu’en plus de me faire remarquer par ma peau blanche comme un poulet cru, j’ai l’air d’une asperge déambulant dans les rues de Kolkata puisque je fais à peu près 2 têtes de plus que les Indiennes (que les Indiens aussi d’ailleurs…).
Ce fut un moment très agréable, en plus d’être une bonne leçon d’humilité…

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